L’excédent du compte courant sera réduit d’un tiers cette année. Le FMI avertit que les risques pour l’économie augmentent et demande à l’Espagne de faire un effort supplémentaire pour réduire le déficit

Les économistes ont passé des années à s’alerter sur le risque pour la croissance mondiale de politiques protectionnistes, telles que la guerre commerciale de Donald Trump ou Brexit. Beaucoup pensaient que c’était l’histoire du mouton et du loup, dans laquelle la menace ne se matérialise jamais, mais rien de plus loin de la réalité. L’impact est déjà là et il sera considérable.

Le FMI a réduit de 16 milliards de dollars son estimation de l’excédent de la balance courante de l’Espagne pour les deux prochaines années. Un ajustement qui répond au mauvais comportement du commerce mondial, affecté par les mesures protectionnistes des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la Chine, etc. Ces politiques pèsent à leur tour sur les pays émergents, comme la Turquie et l’Argentine, qui verront également leur activité se réduire au cours des prochains trimestres, donnant ainsi naissance à un cercle vicieux de ralentissement.

L’organisation dirigée par Christine Lagarde a publié mardi à l’aube ses nouvelles Perspectives de l’économie mondiale, dans lesquelles elle a réduit de deux dixièmes son estimation précédente de l’économie mondiale en raison de la prolifération des politiques protectionnistes. Le FMI prévient que les risques pour la croissance augmentent en raison de l’énorme dette publique que les pays détiennent encore et ont ignorée pendant ces années de forte expansion.

Le déclencheur de ces risques croissants est la guerre commerciale. Le FMI a réduit de neuf dixièmes son estimation de la croissance du commerce mondial des biens et services en raison de politiques protectionnistes. Ces mesures sont à l’origine de la détérioration de l’économie espagnole ces derniers mois. Selon les données de l’INE, la demande extérieure a soustrait huit dixièmes de la croissance du PIB au deuxième trimestre de l’année.

La baisse du chômage en Espagne est déjà plus lente qu’en Europe.

Le FMI estime que, pour l’ensemble de l’année, le secteur extérieur soustraira un dixième du PIB, ce qui contraste avec les trois dixièmes positifs attendus il y a seulement six mois. Ces quatre dixièmes représentent une diminution de la contribution du secteur extérieur de près de 5 milliards d’euros pour cette année, un chiffre considérable qui est à la base du ralentissement économique.

La croissance de la consommation publique compensera la détérioration du secteur extérieur, mais aggravera la situation financière de l’Espagne.

Ce sera la première fois depuis 2015 que le secteur extérieur ralentira le rythme de la croissance du PIB. Cela signifie que toute la croissance de cette année est soutenue par la demande intérieure, en particulier par la consommation des administrations publiques. Selon les prévisions du FMI, la consommation publique augmentera de 1,5 % cette année, soit 50 % de plus que prévu il y a seulement six mois. Cette augmentation des dépenses ne suffira pas à compenser la détérioration du secteur extérieur et augmentera également le déficit et la dette du pays.

L’excédent de la balance courante est le grand progrès réalisé par l’économie espagnole au cours des dernières décennies. Cela permet une croissance plus saine du PIB, mais rend le pays plus vulnérable aux fluctuations du commerce mondial. Selon les dernières prévisions du FMI, l’Espagne aura un excédent de 16,6 milliards de dollars cette année, loin de 24,7 milliards en 2017. D’ici 2019, la balance des opérations courantes retrouvera un excédent de 19 milliards. Cette prévision implique une réduction de 16 milliards des estimations de printemps du FMI.

La Banque d’Espagne revoit à la baisse ses prévisions de PIB et prévient que le déficit sera dépassé].

Les mesures protectionnistes auront également des répercussions sur l’investissement étranger direct. L’incertitude affecte toujours négativement l’optimisme des entreprises et des épargnants, ce qui aura également des répercussions sur l’Espagne. Le FMI a estimé en avril que les investissements nets atteindraient 26,7 milliards, mais il a maintenant réduit ses prévisions à 19,9 milliards, soit presque 7 milliards de moins. Et en 2019, il passera de 28,1 milliards à 20,3 milliards. En résumé, l’Espagne perdra plus de 14 milliards d’euros d’investissements directs étrangers par rapport à un scénario sans ralentissement.

Risques croissants

Le ralentissement économique anticipé par le FMI ne signifie pas que l’activité ralentira à court terme. Au contraire, l’expansion des pays développés restera supérieure au potentiel au cours des deux prochaines années. C’est vrai, les risques sont à la baisse, c’est-à-dire que le ralentissement pourrait s’aggraver au cours des prochains mois.

Le FMI recommande à l’Espagne de procéder à un ajustement budgétaire plus rapide afin de “regagner une marge de manœuvre budgétaire” pour faire face aux crises futures. Le pays est confronté à cette phase de ralentissement économique avec une dette publique de l’ordre de 100% du PIB, ce qui signifie qu’il n’a pas la capacité de mener des politiques expansionnistes pour faire face aux crises futures.

(L’Espagne récupère la masse salariale d’avant la crise avec 780 000 employés de moins)

En outre, le FMI demande au gouvernement de faire un effort pour récupérer l’agenda des réformes structurelles visant à dynamiser le marché du travail. L’Espagne maintient le deuxième taux de chômage le plus élevé de l’Union européenne, dépassé seulement par la Grèce, qui est l’une des grandes faiblesses structurelles du pays. Le fonds demande à l’exécutif de Pedro Sánchez de promouvoir les réformes nécessaires pour “accroître l’efficacité des politiques actives et réduire la segmentation du marché du travail”.

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