Avec des tarifs avantageux, mais des services limités, les néobanques, accessibles uniquement via un Smartphone, ont donné un coup de pied dans la fourmilière bancaire. À qui s’adressent-elles vraiment ? Plongée dans la banque 3.0.

Tous savoirs des néobanques

Deux directives européennes (DSP1 en 2009, puis DSP2 en 2017) ont mis fin au monopole des banques pour les services de paiement. Depuis, les néobanques font voler en éclats le parcours bancaire traditionnel. C-zam, Morning, N26, Nickel, Orange Bank et Revolut ont trouvé un créneau entre les banques classiques et les établissements en ligne (Boursorama, Fortuneo, ING Direct, Monabanq…). Y ouvrir un compte n’est d’abord qu’une affaire de minutes. Ces banques mobiles ne possèdent aucune agence en ville et ont très rarement un espace clients sur Internet. L’essentiel se passe depuis une application à installer sur Smartphone, de la souscription (sauf chez Nickel) à la gestion quotidienne du compte.

Autre signe distinctif : ces nouvelles venues dans l’univers bancaire sont bon marché, mais leurs services sont, pour la majorité d’entre elles, limités. Ni offre de crédit ni autorisation de découvert, pas plus de produits d’épargne. En revanche – et c’est l’un de leurs principaux attraits –, elles sont sans barrières à l’entrée. Tous les profils sont les bienvenus, sans discrimination liée à l’âge, aux revenus ou à la situation professionnelle ou personnelle.

Les formalités réduites au minimum avec ces banques

Pour ouvrir un compte principal ou secondaire, ou pour accéder à des services bancaires de base, les néobanques exigent peu de démarches.

Adieu le grand oral face à un conseiller, le parcours financier immaculé ou la preuve par A + B que ses rentrées d’argent sont suffisantes et régulières ! Ainsi, chez Nickel, l’un des pionniers des comptes sans banque, l’enregistrement de sa carte d’identité et de son numéro de mobile chez son buraliste permet de repartir avec un compte actif, accompagné de sa carte et de son relevé d’identité bancaire (RIB). Pour les autres comptes sans guichets, la souscription s’effectue à distance, sur Smartphone ou, plus rarement, sur ordinateur. Les documents d’identité doivent être scannés ou photographiés. Orange Bank, détenue par l’opérateur télécoms éponyme, donne toutefois la possibilité d’être accompagné dans 140 boutiques Orange.

Le compte est validé en quelques minutes chez C-zam, Morning, N26 ou Revolut, en 1 journée chez Orange Bank. Il doit être alimenté depuis un autre compte ou en y domiciliant des revenus, sauf chez Nickel, où les versements peuvent être faits en espèces. La carte arrive quelques jours plus tard, par courrier. À une exception près : avec C-zam, porté par Carrefour, elle est disponible, moyennant 5 €, dans les hypermarchés, supermarchés et magasins de proximité de l’enseigne.

Les retraits peuvent plomber l’addition

Les néobanques n’ayant pas à entretenir un réseau d’agences, leurs tarifs sont réduits à la portion congrue. Ainsi, à l’opposé des épaisses brochures des banques, les leurs tiennent sur une page. « Elles sont extrêmement bon marché pour les usages courants (paiements en euros, virements, prélèvements…), confirme Géraldine, fondatrice d’un site de parrainage Boursorama très en vogue. Certaines prélèvent des frais fixes à l’année (12 € chez C-Zam, 20 € pour Nickel et 24 € pour Morning), d’autres, comme N26, Orange Bank et Revolut sont entièrement gratuites pour les services de base, carte de paiement comprise. »

Hormis chez Orange Bank, les retraits aux distributeurs automatiques de billets (DAB) sont facturés : 1 € chacun chez Nickel (0,50 € chez un buraliste) et Morning (2 gratuits par mois), 2 € chez N26 à partir du 6e par mois, 0 € jusqu’à 250 € chez Revolut, puis 2 % du montant. Chez C-zam, ils sont gratuits aux DAB de BNP Paribas et de Carrefour Banque (sinon 1 €). Ces montants font grimper la note : Nickel estime que son compte coûte en moyenne 34,10 € par an.

Certaines néobanques se révèlent particulièrement intéressantes lors de voyage à l’étranger. « Pour les paiements par carte en devises, les banques classiques appliquent en moyenne 0,40 € de commission par transaction, assortie de 2,6 % de frais sur le montant (pas de commission et entre 1,94 et 2 % pour les banques en ligne), détaille Géraldine. N26 et Revolut (dans la limite de 5 000 € par mois) sont imbattables : 0 €. » Elles appliquent en outre le taux de change que pratiquent les banques entre elles (le taux interbancaire), afin que les clients ne surpaient pas. Les autres sont toutefois modérées dans leur facturation : de 1,8 à 2 % de frais, quel que soit le montant dépensé. Sauf Nickel, qui facture 1 € par paiement. C’est cher payé !

Des cartes haut de gamme au tarif fort

Pour les retraits aux DAB hors zone euro, les deux néobanques européennes, N26 et Revolut, sont au-dessus du lot. Avec des frais de 1,7 % du montant retiré chez N26, et des retraits gratuits jusqu’à 200 € par mois, puis 2 % au-delà chez Revolut. Des chiffres à mettre en regard des 3,10 € de commission majorés de 2,5 % du montant en moyenne prélevés par les banques en dur ! Les grands voyageurs ont aussi la possibilité de gommer ces frais à l’étranger en optant pour les cartes haut de gamme des néobanques. Mais elles ne sont pas données : N26 Black est chèrement facturée 9,90 €/mois, avec engagement obligatoire sur 1 an ; Revolut Premium se place un cran au-dessous (8 €/mois) ; et Nickel Chrome est plus abordable, avec 4 €/mois. Les paiements en devises sont gratuits, mais pas toujours les retraits : 0 € chez N26 ; jusqu’à 400 €/mois gracieusement chez Revolut (puis 2 % du montant) ; 1 € l’opération pour Chrome. Leur coût s’explique surtout par les services d’assistance et d’assurance associés : au minimum les frais médicaux à l’étranger, la perte et le vol de bagages, et l’annulation de voyage (N26), la responsabilité civile en cas d’accident (Chrome). Toutes garanties que l’on trouve attachées aux cartes Mastercard Gold et Visa Premier des banques, commercialisées à des tarifs à peine plus élevés. En fonction de vos besoins, une comparaison s’impose, quelle que soit votre carte, à l’aide de l’application Fluo (Fluo.com), qui détaille les assurances de l’ensemble des cartes émises en France.

Dès que le compte est vide, la transaction est refusée

« Si les banques classiques et en ligne sont focalisées sur la vente de produits qui leur rapportent (crédits, assurances, épargne…), les nouveaux venus ont inversé la relation en apportant des services axés sur les besoins de leurs clients », analyse Géraldine. Par exemple, au lieu d’un délai de 2 à 3 jours avant qu’une opération n’apparaisse sur un compte courant, l’actualisation du solde est réalisée en temps réel sur leur application mobile, après chaque paiement ou retrait par carte. L’avantage est évident : un risque de dérapage diminué, d’autant que, sécurité complémentaire pour les paniers percés et les têtes en l’air, les cartes sont à autorisation systématique. Ce qui signifie que, si le compte n’est pas suffisamment crédité, la transaction est rejetée, rendant ainsi les incidents de paiement presque impossibles. Autre nouveauté, les fonctions liées aux cartes sont à portée de clic. Leurs détenteurs peuvent choisir le code secret à 4 chiffres (sauf chez C-zam et Nickel), voire en changer chez Morning, N26 et Revolut. Les plafonds de retrait et de paiement sont aussi modifiables en quelques secondes (sauf chez C-zam). Enfin, la carte peut être bloquée ou débloquée en un clic, ainsi que la fonction de paiement sans contact si la carte est égarée, perdue ou volée.

un simple sms pour effectuer un virement

Les néobanques fourmillent d’outils innovants. À titre d’exemple, on peut noter cette procédure de virement par SMS chez N26, Orange Bank et Revolut qui ne nécessite qu’un montant et le numéro de mobile de la personne à qui l’on veut envoyer de l’argent. Orange Bank dispose aussi d’un conseiller virtuel, Djingo, qui répond aux questions sur les services de la banque, 24 h/24, 7 j/7. Quant à Revolut, outre une carte bancaire virtuelle jetable pour sécuriser les achats sur Internet, elle offre la possibilité de s’assurer à la journée pour les soins médicaux lors de voyage à l’étranger. D’autres néobanques, comme Anytime, Qonto ou Shine, destinées aux professionnels (microentrepreneurs, indépendants…), proposent des services novateurs à prix atomisés par rapport à ceux des grands réseaux.

Chéquier, espèces, découvert : c’est le vieux monde

En revanche, les néobanques n’offrent pas ou proposent peu de services des ”temps anciens”. Par exemple, à l’exception d’Orange Bank, aucune ne délivre de chéquier, et elles n’autorisent ni l’encaissement de chèques ni les découverts. Impossible aussi d’y déposer des espèces, sauf chez Nickel, mais avec une commission élevée : 2 % du montant pour un dépôt chez un buraliste. Leurs cartes, toutes à autorisation systématique, peuvent aussi poser problème. « Elles sont rejetées aux automates qui ne sont pas équipés d’un système d’interrogation de compte », précise Géraldine, de Parrain-Boursorama.com. Les paiements peuvent donc être refusés dans des parkings, des stations d’essence, aux péages ou par des loueurs de voitures.

Enfin, plusieurs cartes sont rejetées par certains organismes et entreprises. Les caisses d’allocations familiales, des antennes de Pôle emploi ou des opérateurs télécoms retardent ou bloquent les versements ou des prélèvements des clients de l’allemande N26 et de la britannique Revolut, au motif que leur Iban (pour International Bank Account Number), qui permet l’identification exacte du compte et de l’établissement bancaire, n’est pas français. Il commence en effet par DE (pour Deutschland, Allemagne) ou par GB (pour Great Britain, Grande- Bretagne), contre le FR français. Mais, pour ce point particulier, les choses pourraient changer, car le Défenseur des droits mène l’enquête sur cette discrimination contraire au droit européen.

Les banques de réseau réagissent mollement

En ce qui concerne Nickel, le fait que le compte ne peut être à découvert provoque la frilosité des opérateurs télécoms, qui ont peur des rejets de paiement. La néobanque tente pourtant de se prémunir contre les mauvais payeurs en imputant des frais de 10 € dès le 2e rejet de paiement. Il n’en reste pas moins que les offres de Bouygues Telecom ne sont pas accessibles aux clients de Nickel et qu’Orange leur demande 265 € de caution pour accéder à ses services. Bousculées, les banques suivent différentes stratégies pour ne pas perdre des parts de marché. BNP Paribas a choisi la simplicité en rachetant Nickel. Quant au Crédit agricole, il a lancé le compte Eko, qui allie une tarification compétitive (2 €/mois) et des services d’une vraie banque : une carte Mastercard internationale classique ainsi que l’accès aux services en agences et aux produits d’épargne.

Même topo chez Boursorama (banque en ligne de la Société générale), où l’offre Welcome, dont les services de base et la carte ne coûtent rien, est accessible sans conditions de revenus. Elle autorise même un petit découvert (100 €). « Ne nous leurrons pas, ces offres ne servent finalement qu’à étoffer le catalogue d’entrée de gamme des banques sans apporter de réelles innovations, souligne Géraldine. Sauf une, Max, lancée par le Crédit mutuel Arkéa : un compte et sa carte gratuits, auxquels on peut rattacher n’importe quelle autre carte bancaire française pour ne plus en utiliser qu’une. » La riposte des géants se révèle donc plutôt molle. Certains réseaux prennent même leur temps : la BPCE (Banque Populaire et Caisse d’épargne) devrait lancer une déclinaison de néobanque, Fidor, d’ici à la fin de 2018, et La Banque postale, Ma French Bank, mais pas avant… fin 2019 !

Bon a savoir : ces deux néocomptes qu’il faut déclarer au fisc

Opter pour N26 ou Revolut, c’est posséder un compte étranger. En Allemagne pour le premier, en Grande-Bretagne pour le second. Or, il existe une obligation méconnue : les comptes détenus hors de nos frontières doivent être déclarés à l’administration fiscale française (mais pas le montant des avoirs). En cas d’oubli, volontaire ou non, l’addition est corsée lors d’un contrôle : 1 500 € par compte et par année de détention ! Pour être en règle, il faut joindre à votre déclaration de revenus annuelle (après avoir coché la case 8UU) le formulaire n°3916 des impôts dûment rempli. Un compte ouvert dans ces établissements en 2018 devra être déclaré durant la campagne fiscale 2019. DE NOUVELLES OFFRES POUR LES ENTREPRENEURS Les professionnels peuvent aussi profiter des néocomptes. N26 et Revolut ont lancé chacune un compte “business” : il est gratuit sous conditions pour la première, ou coûte 8 €/mois pour les indépendants pour la seconde. À leurs côtés, des établissements spécialisés ont vu le jour, comme Anytime, Qonto ou Shine. Leurs atouts ? En plus de faire chuter les frais, souvent exorbitants, des banques classiques, ils offrent une assistance au quotidien : aide à la création de la structure ou à la comptabilité, terminaux de paiement par carte bancaire, aide juridique, etc. Des solutions adaptées aux indépendants, aux professions libérales et aux auto entrepreneurs. Un bémol, toutefois, mais il est de taille : l’encaissement de chèques et d’espèces n’est pas prévu par toutes les néobanques.

Les fonds déposés sont-ils en sécurité ?

Certaines néobanques ne disposent pas de l’agrément qui les placerait dans le giron du Fonds de garantie des dépôts. Si une banque fait faillite, les dépôts sur un compte courant, un livret bancaire, un plan d’épargne en actions ou un plan d’épargne-logement sont garantis par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) à hauteur de 100 000 € par client et par banque. Cet organisme d’intérêt général couvre les déposants, mais à une condition : la structure doit disposer d’un agrément d’établissement de crédit (liste sur Garantiedesdepots.fr).

Yne garantie à géométrie variable

Alors, qu’en est-il pour les néobanques ? Chez Orange Bank, qui est une banque à part entière, ou C-zam, derrière laquelle se cache Carrefour Banque, aucune inquiétude à avoir. Elles disposent du fameux agrément. Même chose pour N26, à une nuance près : c’est le fonds de garantie allemand qui interviendra en cas de faillite, pour le même montant. En revanche, les autres néocomptes (Morning, Nickel…) n’ont pas le même statut : il s’agit d’établissements de paiement. Les dépôts des clients y sont sécurisés d’une manière différente : ils doivent être intégralement cantonnés (mis en sécurité) dans une “vraie” banque disposant de l’agrément d’établissement de crédit. Ainsi, en cas de défaillance de ces nouveaux comptes, les néobanques se chargeront de reverser les fonds aux clients, sur un autre compte.

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